
Depuis 1968, date de la publication du premier dossier, Photolangage est devenu un mot tellement courant du vocabulaire des formateurs, qu'il a pris un sens générique.
Destiné à l'origine à des publics adolescents, pour qui la prise de parole n'est pas nécessairement chose aisée, Photolangage a vite montré quelles ressources il recelait aussi pour les publics d'adultes. De là son succès en France, notamment dans les actions de formation continue ; succès qui s'est particulièrement accru quand la Loi de 1971 a étendu l'Education Permanente à l'ensemble des populations de salariés.
Photolangage fait maintenant partie de dispositifs éducatifs qui n'intéressent pas seulement la vie associative, mais encore les milieux professionnels des entreprises ou des administrations. Son succès ne s'est pas arrêté à la France ; on le trouve utilisé aujourd'hui dans d'autres pays d'Europe, aussi bien que sur des continents plus lointains tels que lAfrique, lAmérique, l'Inde ou encore l'Australie.
Il s'agit donc d'une démarche qui a fait l'objet de nombreuses utilisations dans des conditions très différentes et dans des cultures très diversifiées.
Photolangage est une marque déposée, sous ce vocable, ses inventeurs, Alain Baptiste et Claire Belisle, ont mis au point à la fois une méthode destinée à faciliter le travail en groupes et des dossiers thématiques de photographies qui servent de support à de nombreuses activités de communication et de formation.
Depuis l'origine, Photolangage se caractérise par deux traits essentiels. Photolangage est une collection de dossiers photographiques choisis sur un thème et qui implique une approche spécifique de la photographie pour le travail de groupe. D'autre part, Photolangage est conçu comme une méthode qui articule à la fois une pratique de travail en groupe, une concentration sur la prise de conscience par chacun de ses images personnelles, et une prise de parole devant l'ensemble des participants.
Photolangage est une méthode qui se différencie d'autres approches en ce qu'elle utilise comme incitation à l'expression une photographie sur papier. Il ne s'agit pourtant pas de demander à chacun un commentaire esthétique sur une photographie, ou de laisser se dire n'importe quoi, au nom de la polysémie. Ce qui est demandé à chacun c'est de faire un choix personnel d'une ou plusieurs photographies (selon les cas) pour exprimer visuellement et verbalement (en commentant la photographie) une position personnelle, une expérience vécue, des images intérieures, un point de vue spécifique. Le travail du formateur entre autres fonctions est de s'assurer que la visualisation proposée par chacun correspond effectivement à ce qu'il veut dire.
Les photographies, choisies pour leur forte puissance suggestive, leur capacité projective, leur qualité esthétique et leur valeur symbolique, viennent stimuler, réveiller les images que chacun porte en soi et à travers lesquelles il perçoit la réalité et se la représente. Le fait de prendre conscience de ses propres images, et de pouvoir en discuter dans un groupe peut amener un élargissement du champ de la conscience, un regard plus critique sur les images, un développement de la sensibilité imaginative.
Avec Photolangage, il s'agit d'un support facilitateur qui permet de réaliser un
choix personnel d'une ou plusieurs photographies et d'essayer de rendre
compte de ce choix devant les autres participants du groupe. Les
photographies interviennent dans la communication pour redonner à la parole
sa qualité de surgissement, pour l'affranchir de la normalisation, et par là,
rendre un peu plus possible la communication d'un être en devenir.
Dans ce travail de groupe, il n'y a plus de position privilégiée, avec quelqu'un qui sait, qui a la vérité et les autres qui cherchent. Il ne s'agit pas de transmettre le contenu d'un enseignement, mais de favoriser un certain type de rapport au réel, au savoir et aux autres.
Sans doute, ni la connaissance de la méthode et de la démarche, ni les collections de photos ne suffisent à réussir un travail en groupe. La réussite dépend certes du Professionnalisme de l'animateur, mais aussi de l'objectif poursuivi et du contexte dans lequel Photolangage est utilisé. Nous connaissons nombre de collègues dont la longue pratique permet d'atteindre par Photolangage une qualité très remarquable de réflexion et de changement individuels ou collectifs; d'autres animateurs dont les objectifs sont moins ambitieux, aboutissent à des effets de moindre profondeur, mais néanmoins très satisfaisants. Photolangage permet en effet une animation multiple, à la mesure des animateurs qui l'utilisent ; chaque animateur peut en effet évoluer constamment dans son appropriation de la méthode. Mais en aucun cas les animateurs n'ont pu atteindre une réelle performance sans participer à une formation spécifique qui relève de la psychosociologie et de l'animation des groupes.
De nombreux animateurs ont pu y être formés directement et ont bénéficié de séances de perfectionnement. D'autres ont rencontré Photolangage au hasard d'une session et, séduits par la démarche et/ou par les collections de photos, ont décidé de l'utiliser sans préparation particulière. -
Une fois posé le principe d'une préparation pédagogique spécifique, nombre d'animateurs qui l'ont suivie et qui mettent Photolangage en uvre dans leurs activités professionnelles ou bénévoles, demandent aujourd'hui une documentation récente.
A la suite de 2 publications d' Alain Baptiste et Claire Bélisle "Photo Méthodes"' parue en 1978 et un article important figurant dans le no 52 de la revue "Education Permanente" en 1980, tous deux épuisés, un livre intitulé "Photolangage. Une méthode pour communiquer en groupe par la photo." faisant le point des réflexions et pratiques de Photolangage a été édité aux Editions de l'Organisation en 1991 écrit par des professionnels de différents champs - A.Baptiste C.Bélisle. J.M.Péchenart..C.Vacheret - (formateur, enseignant, thérapeute chercheur). Ce livre étant lui aussi épuisé, j'ai décidé de construire un Site Internet Pour mettre à disposition du plus grand nombre de personnes, photos, méthodologies actuelles et à venir, expériences mutuelles.
A ce jour, de nombreux utilisateurs, qu'ils soient des professionnels de la formation ou de la communication, qu'ils soient animateurs de mouvements ou psychothérapeutes, recherchent une source fiable sur Photolangage et son emploi. Soit qu'ils espèrent trouver un guide facilitant une meilleure maîtrise opératoire; soit que plus chevronnés, ils S'intéressent à une réflexion plus approfondie à partir de pratiques afin de l'enrichir de concepts méthodologiques ou théoriques.
C'est donc à tous ces collègues ou confrères que s'adresse ce site
Les uns en prendront connaissance de bout en bout et d'une façon linéaire; d'autres pourront consulter uniquement tels aspects qui les arrêtent; d'autres encore préféreront débuter leur exploration par la description des pratiques (points 4-5-6- 8) pour se reporter ensuite aux approches plus théoriques (2-3-7-9) faisant ainsi alterner "l'étude de cas" et la recherche de références.
Cette quête d'information auprès des inventeurs de la méthode est légitime. Combien de fois n'avons-nous pas rencontré des participants, au sein de groupes, qui répugnaient d'entrer dans un exercice Photolangage parce qu'ils avaient fait les frais par le passé d'une utilisation "sauvage" ou parce qu'ils s'étaient sentis manipulés par un formateur non initié. Quelquefois, ce n'est pas la prudence qui caractérise les animateurs improvisés, non plus que la déontologie. C'est fort dommage, non seulement pour les personnes qui passent en de telles mains, mais encore pour l'honneur du métier; fort dommageable aussi pour Photolangage qui peut, en trente minutes d'un exercice bâclé, perdre à jamais son effet bénéfique pour les personnes qui y participent, et tout crédit chez les décideurs de formation.
Toutefois, prenons bien garde à ceci -Photolangage ne se présente pas comme le produit miracle permettant de "faire parler les gens à tout coup". En aucun cas les précautions déontologiques du formateur ne doivent être oubliées dans son usage; la rigueur même de la méthode s'appuie sur le respect des personnes avec lesquelles on l'utilise.
Photolangage n'est ni un test, ni un gadget, ni un outil rnanipulatoire. Certes ses effets sont observables à très court terme ; l'animateur et son groupe peuvent le mesurer à la fin d'une session, voire d'une séquence. Mais ses effets plus profonds sont parfois différés dans le temps et tels participants disent quelquefois, après des semaines, quel travail intérieur Photolangage a entraîné sur leurs attitudes et leur comportement pour aboutir à des changements profonds et durables. La rivière souterraine fait son chemin, invisible jusqu'à la fontaine de résurgence.
L'impact de Photolangage sur des participants est toujours perceptible, non seulement par l'animateur, mais aussi par les membres du groupe. Il est parfois tel que certains y mettent une énergie psychique ou émotionnelle peu ordinaire. Le moindre signe de ce véritable investissement tient au constat que des photos disparaissent parfois de la collection en fin de session ou de séminaire. L'emprunt ne repose pas que sur la valeur esthétique de la photo ; il s'en faut de beaucoup. Il arrive aussi que l'emprunteur retourne l'image quelque temps après, avec un mot, à l'animateur auquel il explique qu'il en avait besoin pour accompagner son travail intérieur. Parmi les raisons d'être vigilants, cette force d'impact à elle seule justifie que nous insistions sur les aspects déontologiques qui doivent guider l'animateur.
Photolangage s'est affronté, il n'y a guère, à un défi sérieux. En effet, créée dans les années 1960, au moment où de grands mouvements de pensée "non-directifs" venaient renouveler la problématique de la formation des adultes, la méthode, comme toute tentative de médiation pédagogique, paraissait suspecte. Ce défi à été relevé, mais un double défi demeure encore : l'un est lié à un certain discrédit de l'image dans notre société éducative. On attache plus d'importance au "poids des mots" et on se méfie du "choc des photos" pour reprendre un slogan connu.
L'image, et singulièrement la photo, sont encore souvent méprisée dans les milieux pédagogiques: associées aux publics d'enfants ou encore à ceux qu'on dit de "bas niveaux" ! Même statut que pour les jeux pédagogiques qui ne "font pas sérieux"; et pourtant les éducateurs ne devraient plus ignorer que l'efficacité pédagogique repose aussi sur de telles pratiques.
A l'inverse, certains formateurs ont été tellement fascinés par les médias qu'ils se sont laissé submerger. A tel point que montages audiovisuels, comme vidéo, saturent complètement leurs activités et que l'image constamment utilisée se trouve totalement banalisée dans ce contexte. Loin d'être facilitatrice, elle n'apporte plus aucune signification particulière et se révèle plutôt encombrante.
Le champ d'exploration est vaste avec autant d'articulations qui, comme les fils d'une tapisserie se croisent, s'entrecroisent, se distendent et repartent vers de nouvelles perspectives
|